Coach perso, coach sportif, coach relooking... Souvenez-vous, il y a une petite dizaine d'années, la mode des coachs de tous genres envahissait nos petits écrans. A la télévision, on exploita rapidement ce nouveau concept et on l'adapta précisément au grand public, c'est à dire aux téléspectateurs. Désormais, puisque les gens n'arrivaient plus par eux-mêmes à faire des choses jusque-là élémentaires, quasiment devenues naturelles puisque intergenerationnelles, culturellement obligatoires et considérées presque comme ancestrales – cuisiner, s'habiller, aller à un rendez-vous amoureux ou professionnel, nettoyer sa maison, élever ses enfants - la télé allait s'en charger pour eux, en exploitant à mort le filon du coaching.
Dans notre société en déclin, la télévision sauta sur l'occasion de la perte presque totale de nos repères, reflet d'une époque en mouroir. La perte des repères affectant en particulier - et comme toujours - les classes défavorisées et dévalorisées, on commença par s'intéresser de plus près aux gens de seconde zone. Ceux qui jusqu'ici n'étaient pas acceptables ni montrables à la télé – et en particulier sur les plus grosses chaînes, comme la reine de l'élitisme hypocratique TF1 - allaient désormais servir de miroir reflet, et pire, d'objet de soulagement et de decompression à ceux qui seraient tranquillement installés devant leur poste de télévision.
La télévision venait de comprendre que l'audience ne marchait plus par le luxe, l'inatteignable et le Beau: les gens n'y croyaient plus. La crise économique était telle qu'ils perdaient leur sens du rêve, de l'innocence et de l'illusion. Ils voulaient maintenant qu'on leur parle en face, qu'on leur montre leurs semblables – et si possible, des semblables inférieurs à eux, qui puissent les rassurer enfin sur leur propre existence et sur leur propre crise de vie - Un message subliminal: "Regardez, il y a pire que vous".
On filma des gens de seconde zone, comme c'était entendu. Ce fut un énorme succès. Ce fut en tout premier lieu sous forme de confessions – Confessions intimes en est le meilleur précurseur, un « Strip tease » version grand public – puis s'ensuivirent reportages, d'abord courts; puis plus longs, jusqu'à y consacrer des émissions thématiques où les gens eux-mêmes allaient sur les plateaux, apportant leur témoignage à la clé avec gros zoom sur leur visage disgracieux – parfois avec perruques et lunettes noires, quand on allait trop loin dans les sujets « osés ». C'est mon choix eut gracieusement ses années de gloire en faisant s'exprimer les françaises et les français « d'en bas » sur des sujets aussi polémiques qu'inintéressants.
Les cas sociaux devenaient donc une vraie valeur ajoutée dans le monde de la télévision. Il fallait exploiter à fond ce système garant de succès et d'audimat. Critiquable, mais toujours regardable, les gens devant leur poste ne s'en lassaient pas. On réunissait tous les éléments-clés d'une bonne audience: de l'émotion alliée à du ridicule dans les comportements humains. De l'ingrat, de l'insolite et de la vie quotidienne inutile. Il n'en fallait pas plus pour que le public adhère: lui montrer d'autres français pires que lui, qui le fassent rire, le divertissent et l'émeuvent par leur bêtise et leur infériorité.
C'est ainsi que le coaching pris place, petit à petit, en surfant sur la grosse tendance outre-atlantique. La vie des cas sociaux s'étalait devant nous. Et par habitude, on s'habitua à rire toujours des mêmes caractéristiques: leur intérieur était toujours décoré de façon immonde, sans goût, parfois extrêmement sale; leur look était ignoble et souvent obsolète; leur façon de s'exprimer et leurs relations chaotiques.
Il fallait donc sauter sur l'occasion: Réussir l'impensable. Les transformer! On leur montra que tout était possible pour eux. Une seconde chance dans leur triste vie en quelque sorte. On leur apprit à s'habiller chic et pas cher et à avoir du goût; on redécora leur appartement; on leur donna des cours de séduction puis d'entretien pour le travail. Encore, on leur apprit à faire la cuisine, à nettoyer correctement leur maison (en montrant les pires exemples d'habitats insalubres et dégoûtants), à éduquer leurs enfants et à gérer leurs adolescents en crise. Mieux, on touchait même au domaine sacré de la médecine: Les gens atteints de bégaiements ou du syndrôme de la Tourette – à la fois à mourir de rire et émouvants, réunissant donc tous les éléments pour faire de l'audience – revivaient à la fin du reportage, grâce à des soignants qui les aidaient en direct pendant quelques minutes. On touchait au domaine de la guérison presque surnaturelle.
On pouvait tout leur apprendre. Cette idée de transformation avec l'optique d'un bonheur futur marchait à merveille. Par la télévision, la thérapie opérait. Elle devenait à la fois le pygmalion, le psychothérapeute et l'élément de propulsion. Le public en voulait toujours plus et les cas sociaux affluaient aux castings de la chance de ces émissions. C'était la porte ouverte à un nouveau bonheur, à une nouvelle vie; la télévision remplissait désormais un nouveau rôle, qu'elle assurait également parallèlement dans un autre type d'audience (qui marchait également à merveille) source de bonheur par procuration: la Real-TV.
Aujourd'hui, le marché télévisuel des cas sociaux est loin de s'être stoppé. Il représente toujours une source inépuisable dans le paysage audiovisuel français. Les penchants et les travers de cette partie de la population sont toujours décortiqués avec un faux sérieux et un pseudo-ton journalistique un peu ironique, rajoutant dans le pathétique et par conséquent le comique. Les sujets traités viennent par vagues et s'accordent à l'actualité des sujets de société; après la tendance des TOCS, nous avons donc eu droit au syndrôme de la Tourette ou à la boulimie ou l'anorexie; puis la narcolepsie ou l'agoraphobie. Les troubles psychologiques semblent être très appréciés, de même que les fixations, obsessions et troubles du comportement, tels les fans extrêmes de Johnny Hallyday, les fanas de tuning ou les jaloux maladifs.
Il semble que tant que la France compte de cas sociaux, la télévision surfera sur leur exploitation – et Dieu sait que le cas social est français.
Ne souriez pas trop; on est toujours le cas social de quelqu'un d'autre.
jeudi 11 février 2010
vendredi 5 février 2010
La course à la vie.
Dans cette course à la vie, il s'agit d'être le plus beau, le plus performant, le plus célèbre et le plus aimé. Toutes nos pauvres vies reposent sur ce seul principe. Tout dépendra de la façon et du lieu où nous sommes nés; le point de départ, à savoir la naissance, ancre à jamais son empreinte sur nos vies.
Nous dépendrons ainsi toute notre vie du poids qu'ont eu nos parents et notre famille sur ce que nous étions enfant. Quiconque manquera d'un élément capital pour sa réussite future sera amputé d'un élément-clé pour sa réussite: argent, amour, reconnaissance, culture, confort. Si les conditions étaient manquantes dès notre naissance, il sera difficile de les acquérir une fois adulte. Le chemin sera long, parcouru d'embûches et beaucoup abandonnerons, se sentant embourbés par leur propre destinée. Parfois, le hasard, et mieux encore, la chance sauront vous accorder du répit; mais ils sont rares et il ne faudra jamais les laisser passer. Ne les voyant pas au premier abord, cachés par l'embué, il faudra souvent les regarder s'éloigner sans jamais avoir pu les approcher, avec le regret planté dans le cœur comme un poignard aiguisé et poisonneux – alors que tant d'autres auront su l'attraper, au moment où il le fallait.
Ainsi nos vies se résumeront à se regarder vivre, à observer avec l'œil acerbe le destin tendre qui sait donner sa petite main à la personne assise à côté de soi. Bouffés par l'envie et la jalousie – les pires maux pour l'homme – nous crèverons dans l'indifférence générale ou l'amour de quelques rares personnes qui auront su vous accorder un peu de leur temps et de leur valeur.
La naissance est une petite mort: il faut ressusciter de sa propre vie originelle, de son milieu, de ses origines, de son entourage et de son humanité - une sorte de grand saut suicidaire dans la vie et ses déboires.
Ainsi, bouffés par la peur du mourir et par la peur du non-amour et de l'absence de reconnaissance, nous essayerons, tant bien que mal, de construire des châteaux de cartes à base d'enfants à naître, de mariage et de rencontres un tant soit peu durables. Pour essayer de contrer la condamnation qui pèse sur nos épaules, il faudra recréer le lien éternel qui nous manque avec nous-même dans nos relations avec les autres. Essayer de s'ancrer définitivement sur terre, dans la tête des gens et dans leur estime, afin de ne pas mourir tout à fait – du moins, de continuer à vivre sans mourir chaque jour.
Ainsi va la course à l'amour, à la popularité, à la reconnaissance, à l'amitié; Une course où certains vont plus vite que d'autres. Une course où les derniers seront laissés pour compte, morts avant la mort elle-même. La place donnée à chacun pour l'amour et pour l'amitié est rare; il faudra sélectionner, estimer que l'autre mérite cet intérêt et ce don total de soi. Les personnes nous ressemblant, afin de nous retrouver en elles et de ne surtout pas voir en face nos propres défauts, seront les candidates idéales.
Il ne s'agit pas de retrouver en l'autre ce qui est insupportable pour soi; dans la plupart des cas, nous l'avons de toute façon occulté, pour notre plus grand bonheur. Et ceux qui nous irritent, qui ne méritent pas notre attention, que l'on trouve détestables, sont tout à la fois ce qu'il y a de pire en nous, et ce qui représente nos pires faiblesses, incapables à imaginer.
Ainsi va la course à la vie; profit et trop-plein d'amour sont donnés en excès la plupart du temps aux chanceux sans rapport aucun avec leur qualités, leur bonté ou leur personnalité; Leur naissance, la chance et les opportunités ont fait le beau rôle; Les autres, eux, se bataillent contre des portes fermées, dans une lutte épuisante et permanente, afin d'être enfin regardés; et puis certains crèvent dans le silence, l'indifférence du monde, des autres et de leur propre vie qui ne valait rien.
Nous dépendrons ainsi toute notre vie du poids qu'ont eu nos parents et notre famille sur ce que nous étions enfant. Quiconque manquera d'un élément capital pour sa réussite future sera amputé d'un élément-clé pour sa réussite: argent, amour, reconnaissance, culture, confort. Si les conditions étaient manquantes dès notre naissance, il sera difficile de les acquérir une fois adulte. Le chemin sera long, parcouru d'embûches et beaucoup abandonnerons, se sentant embourbés par leur propre destinée. Parfois, le hasard, et mieux encore, la chance sauront vous accorder du répit; mais ils sont rares et il ne faudra jamais les laisser passer. Ne les voyant pas au premier abord, cachés par l'embué, il faudra souvent les regarder s'éloigner sans jamais avoir pu les approcher, avec le regret planté dans le cœur comme un poignard aiguisé et poisonneux – alors que tant d'autres auront su l'attraper, au moment où il le fallait.
Ainsi nos vies se résumeront à se regarder vivre, à observer avec l'œil acerbe le destin tendre qui sait donner sa petite main à la personne assise à côté de soi. Bouffés par l'envie et la jalousie – les pires maux pour l'homme – nous crèverons dans l'indifférence générale ou l'amour de quelques rares personnes qui auront su vous accorder un peu de leur temps et de leur valeur.
La naissance est une petite mort: il faut ressusciter de sa propre vie originelle, de son milieu, de ses origines, de son entourage et de son humanité - une sorte de grand saut suicidaire dans la vie et ses déboires.
Ainsi, bouffés par la peur du mourir et par la peur du non-amour et de l'absence de reconnaissance, nous essayerons, tant bien que mal, de construire des châteaux de cartes à base d'enfants à naître, de mariage et de rencontres un tant soit peu durables. Pour essayer de contrer la condamnation qui pèse sur nos épaules, il faudra recréer le lien éternel qui nous manque avec nous-même dans nos relations avec les autres. Essayer de s'ancrer définitivement sur terre, dans la tête des gens et dans leur estime, afin de ne pas mourir tout à fait – du moins, de continuer à vivre sans mourir chaque jour.
Ainsi va la course à l'amour, à la popularité, à la reconnaissance, à l'amitié; Une course où certains vont plus vite que d'autres. Une course où les derniers seront laissés pour compte, morts avant la mort elle-même. La place donnée à chacun pour l'amour et pour l'amitié est rare; il faudra sélectionner, estimer que l'autre mérite cet intérêt et ce don total de soi. Les personnes nous ressemblant, afin de nous retrouver en elles et de ne surtout pas voir en face nos propres défauts, seront les candidates idéales.
Il ne s'agit pas de retrouver en l'autre ce qui est insupportable pour soi; dans la plupart des cas, nous l'avons de toute façon occulté, pour notre plus grand bonheur. Et ceux qui nous irritent, qui ne méritent pas notre attention, que l'on trouve détestables, sont tout à la fois ce qu'il y a de pire en nous, et ce qui représente nos pires faiblesses, incapables à imaginer.
Ainsi va la course à la vie; profit et trop-plein d'amour sont donnés en excès la plupart du temps aux chanceux sans rapport aucun avec leur qualités, leur bonté ou leur personnalité; Leur naissance, la chance et les opportunités ont fait le beau rôle; Les autres, eux, se bataillent contre des portes fermées, dans une lutte épuisante et permanente, afin d'être enfin regardés; et puis certains crèvent dans le silence, l'indifférence du monde, des autres et de leur propre vie qui ne valait rien.
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