vendredi 5 février 2010

La course à la vie.

Dans cette course à la vie, il s'agit d'être le plus beau, le plus performant, le plus célèbre et le plus aimé. Toutes nos pauvres vies reposent sur ce seul principe. Tout dépendra de la façon et du lieu où nous sommes nés; le point de départ, à savoir la naissance, ancre à jamais son empreinte sur nos vies.

Nous dépendrons ainsi toute notre vie du poids qu'ont eu nos parents et notre famille sur ce que nous étions enfant. Quiconque manquera d'un élément capital pour sa réussite future sera amputé d'un élément-clé pour sa réussite: argent, amour, reconnaissance, culture, confort. Si les conditions étaient manquantes dès notre naissance, il sera difficile de les acquérir une fois adulte. Le chemin sera long, parcouru d'embûches et beaucoup abandonnerons, se sentant embourbés par leur propre destinée. Parfois, le hasard, et mieux encore, la chance sauront vous accorder du répit; mais ils sont rares et il ne faudra jamais les laisser passer. Ne les voyant pas au premier abord, cachés par l'embué, il faudra souvent les regarder s'éloigner sans jamais avoir pu les approcher, avec le regret planté dans le cœur comme un poignard aiguisé et poisonneux – alors que tant d'autres auront su l'attraper, au moment où il le fallait.

Ainsi nos vies se résumeront à se regarder vivre, à observer avec l'œil acerbe le destin tendre qui sait donner sa petite main à la personne assise à côté de soi. Bouffés par l'envie et la jalousie – les pires maux pour l'homme – nous crèverons dans l'indifférence générale ou l'amour de quelques rares personnes qui auront su vous accorder un peu de leur temps et de leur valeur.

La naissance est une petite mort: il faut ressusciter de sa propre vie originelle, de son milieu, de ses origines, de son entourage et de son humanité - une sorte de grand saut suicidaire dans la vie et ses déboires.

Ainsi, bouffés par la peur du mourir et par la peur du non-amour et de l'absence de reconnaissance, nous essayerons, tant bien que mal, de construire des châteaux de cartes à base d'enfants à naître, de mariage et de rencontres un tant soit peu durables. Pour essayer de contrer la condamnation qui pèse sur nos épaules, il faudra recréer le lien éternel qui nous manque avec nous-même dans nos relations avec les autres. Essayer de s'ancrer définitivement sur terre, dans la tête des gens et dans leur estime, afin de ne pas mourir tout à fait – du moins, de continuer à vivre sans mourir chaque jour.

Ainsi va la course à l'amour, à la popularité, à la reconnaissance, à l'amitié; Une course où certains vont plus vite que d'autres. Une course où les derniers seront laissés pour compte, morts avant la mort elle-même. La place donnée à chacun pour l'amour et pour l'amitié est rare; il faudra sélectionner, estimer que l'autre mérite cet intérêt et ce don total de soi. Les personnes nous ressemblant, afin de nous retrouver en elles et de ne surtout pas voir en face nos propres défauts, seront les candidates idéales.

Il ne s'agit pas de retrouver en l'autre ce qui est insupportable pour soi; dans la plupart des cas, nous l'avons de toute façon occulté, pour notre plus grand bonheur. Et ceux qui nous irritent, qui ne méritent pas notre attention, que l'on trouve détestables, sont tout à la fois ce qu'il y a de pire en nous, et ce qui représente nos pires faiblesses, incapables à imaginer.

Ainsi va la course à la vie; profit et trop-plein d'amour sont donnés en excès la plupart du temps aux chanceux sans rapport aucun avec leur qualités, leur bonté ou leur personnalité; Leur naissance, la chance et les opportunités ont fait le beau rôle; Les autres, eux, se bataillent contre des portes fermées, dans une lutte épuisante et permanente, afin d'être enfin regardés; et puis certains crèvent dans le silence, l'indifférence du monde, des autres et de leur propre vie qui ne valait rien.

1 commentaires:

simonpaquet a dit…

Ce blog est décidément très joli, et intéressant. Comme la vie.